Rodin, tout le temps que dure le jour

de Françoise Cadol, Mise en scène Christophe Luthringer. Avec Pierre Santini, Steve Bedrossian, Françoise Cadol.


En quelques mots


 

12 mai 1906, le sculpteur Auguste Rodin, âgé de 65 ans, travaille dans son atelier de la villa des Brillants à Meudon. Un poète de 30 ans, Rainer Maria Rilke, devenu depuis peu son secrétaire, et une jeune femme, Marie Cabannes, prête à tout pour apprendre du sculpteur, évoluent à ses côtés. Elle ment à Rodin, il travaille, Rainer va mal, Rodin l’agresse, Marie les aime. Ils s’observent tous les trois, se troublent, se séduisent, au rythme du désir, de la passion, de la souffrance, de la création.


La presse en parle …


 

Extraits :

« Huis clos créé pour trois personnages à fleur de peau. Des personnages et une écriture. Un beau moment de théâtre. » Le Parisien

« Une pièce belle et touchante. Françoise Cadol signe là, une très belle pièce qui en dit beaucoup sur l’art de créer »  France Soir

« Un regard triangulaire sur l’art, le rapport à la matière d’où naît la vie, la passion qui prend corps dans la création…  » Madame Figaro

« Un vrai grand bonheur de théâtre intelligent et sensible ! » Monde et Vie

« Une rencontre théâtrale émouvante ! Tout le temps que dure le jour révèle l’inconciliable exigence de travail entre le sculpteur Rodin et le poète Rilke, son secrétaire. Marie, jeune modèle, oscille entre admiration et compassion. Fièvre créatrice, désirs et souffrances forment la trame de ce huis clos subtil » 92 Express


Extrait de la pièce


 

12 Mai 1906, Auguste Rodin travaille dans son atelier à Meudon. Rainer Maria Rilke, depuis peu son secrétaire, et une jeune femme, Marie Cabannes, évoluent à ses côtés. Tous les trois se regardent, se troublent, se séduisent au rythme du désir, de la passion, de la création…

(Extrait)

Marie :
Quand aurez-vous terminé mon buste ?

Rodin :
Il me faut du temps. Je cherche qui vous êtes. Il vous faudra revenir encore.

Marie :
Je peux le voir ?

Rodin découvre le buste.

Marie :
On dirait un cri ! Pourquoi m’avez-vous fait des yeux exorbités ?

Rodin :
Il y a quelque chose en vous qui appuie les expressions de votre visage. Un sentiment très fort, plus fort que les autres, qui déforme tout le reste ! Ça vous dit quelque chose ?

Marie :

Rodin :
Marie, avez-vous vu la courbe du cou ? J’en suis très fier ! (Il regarde Marie.) Les gens se voient comme ils aimeraient être, je les vois comme ils sont, l’art ne triche pas. Ça fait des scandales, je m’en fous ! Vous, Marie, vous avez des yeux qui veulent prendre, votre souffle est léger, vous avez une volonté de fer, mais vous marchez sur la pointe des pieds, vous avez un si joli pied, vous ne pouvez pas le dérouler, la plante du pied au sol, ce n’est pas possible, vous préférez être sur la pointe, pourquoi ?

Marie :
Je… Je ne sais pas… Je…

Rodin :
Que vous êtes jolie quand vous êtes troublée. (Un temps.) Qu’est ce qu’elle fait là cette rose ?

Marie :
Oh ! C’est Monsieur Rilke, tout à l’heure…

Rodin :
Vous avez l’air de vous connaître.

Marie :
Oui, depuis des années. Je suis une amie de sa femme, Clara.

Rodin :
Vous l’appréciez ?

Marie :
Énormément. Elle…

Rodin :
Lui ! Est-ce que vous l’appréciez ?

Marie :

Rodin :
Qu’est-ce que vous lui trouvez ?

Marie :
Pardon ?

 

Rodin :
Peu importe ! Fermez les yeux ! Allez, vous ne craignez rien, juste que je vous renverse et que je vous prenne ! Mais non ! Fermez les yeux, Marie, sentez cette fleur et essayez de la voir !

Marie ferme les yeux.

Rodin :
Respirez-la comme si vous vouliez qu’elle vous appartienne ! Elle sent bon ?

Marie :
Oui.

Rodin :
Vous la voyez ? Ne trichez pas !

Marie :
Oui.

Rodin :
Bien. Gardez les yeux fermés ! Maintenant remémorez-vous mon petit buste de femme que je cherchais tout à l’heure. Ce petit buste sans tête. Cherchez dans votre mémoire ! Vous le voyez ?

Marie :
Oui.

Rodin :
Le dos. Le mouvement.

Marie :
Oui.

Rodin :
Vous voyez sa tête ?

Marie :

Rodin :
Essayez. Souvenez-vous. C’est très important la mémoire ! Le corps tient dans la paume de ma main. Et la tête, si elle était au bout du corps, dépasserait l’espace de ma paume et s’appuierai sur mes doigts. Les cheveux… Vous les voyez ? Ils sont défaits, ils s’enroulent autour de ma main… Oh ! Vous voyez son petit nez coquin ? Un peu retroussé ? Des pommettes saillantes… Un joli sourire. Vous voyez sa tête ?

Marie :
Oui.

Rodin :
Bravo ! Il faut parfois fermer les yeux pour voir !

Marie :
C’est extraordinaire !

Rodin :
Oui. Le corps est porteur du visage. Un simple fragment détient le corps tout entier en puissance.

Marie :
Merci, merci, merci.

Rodin :
Déroulez votre petit pied, Marie, prenez appui sur la terre et croyez ce que vous voyez à l’intérieur de vous ! Là, tout de suite, je ferme les yeux, je vois votre sein, eh bien, il est dans ma main ! Lourd ! Juste comme il faut. Beau ! Un gâteau, une religieuse !